2 In Trip

Art project #2

Cette semaine je m’intéresse encore à Berlin et ses murs, et notamment à des oeuvres qui sont plus récentes que celles vues précédemment. En effet, j’ai choisi de vous parler des oeuvres de Blu, l’artiste italien, et de ses deux fresques berlinoises très connues, mais aujourd’hui hélas disparues. Blu, c’est un graffeur et vidéaste italien qui réside aujourd’hui en Allemagne dans le quartier de Kreuzberg, à Berlin. On lui doit des fresques un peu partout dans le monde, à Buenos Aires, Barcelone, Madrid, en Norvège, au Danemark, à Londres et bien sûr Berlin.

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Les deux fresques les plus célèbres du quartier de Kreuzberg, dans le squat de la Curvy-Brache, ou la communauté bigarré ayant planté tentes et tippies à ciel ouvert, ont été réalisées par Blu en 2008, l’une représente un buste d’homme menotté par deux montres et une chaîne en or. De l’autre côté deux personnages, l’un à l’endroit l’autre à l’envers, semblent se bagarrer, ils portent des masques et de curieuses lunettes. Les deux fresques ont pour point commun, comme le reste des oeuvres de Blu , d’être principalement en blanc cerclées de noir, dans l’esprit de Keith Harring, les couleurs en moins bien sûr. On retrouve comme chez beaucoup de graffeurs des similitudes avec les dessins de BD, des formes très rondes et simples, des traits noirs, l’absence de perspective et une esthétique populaire.

Seulement voilà, le street art est éphémère, on efface d’anciens tags pour en mettre de nouveaux, on dessine par dessus d’autres, ou un matin on pète un câble et on décide d’effacer les deux fresques les plus célèbres de Berlin sans explication aucune. Les Berlinois et ceux qui ont suivi l’affaire ont d’abord pensé à un sabotage de concurrents ou du gouvernement, mais non. L’auteur de l’oeuvre a tous les droits, dont celui de tout détruire, et c’est ce qu’a fait Blu il y a un peu plus de deux mois.

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Berlin

Bye Bye les fresques du Curvy-Brache et hello le beau mur noir. Tout cela a une explication, ou du moins on en imagine les causes: un projet immobilier inquiétait beaucoup les fans de Blu, l’artiste a détruit son oeuvre avant qu’un promoteur le fasse. Il se réservait l’honneur de tuer son oeuvre, tout comme il lui avait donné vie quelques années plus tôt. Il laisse également un graffiti encore plus éphémère: un doigt d’honneur en direction de la mairie de Berlin et un signe West Coast.

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Le signe West Coast en bas a gauche, le doigt d’honneur en haut eu centre, Berlin

En outre de ces oeuvres suicidées, il a peint une fresque immense dans le même quartier à quelques rues de la Curvy-Brache, sur un mur d’immeuble.

Il en a fait d’autres dans Berlin comme cette fresque avec les billets verts, ou aussi ce sablier géant, qui semble se déverser sur la ville, comme une inondation.

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Berlin

 

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Berlin

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MOCA (Museum Of Contemporary Arts), Los Angeles, USA

 

 

 

 

 

 

 

 Vous me direz, tout ça c’est bien joli, mais pourquoi peindre sur les murs des villes quand on peut peindre sur des toiles, comme il a toujours été fait? Je dirai, que c’est pour mettre l’art à la portée de tout le monde, mais aussi pour imposer l’art populaire, celui que l’on fait sur les murs, celui que tout le monde voit, car il semble être le reflet peu glorieux, certes, de notre société. Enchainé par le matériel et l’argent, les biens matériaux dominent notre vie, dans un siècle où le dollar est tout puissant, la planète et sa biodiversité n’intéresse personne, ou du moins ne rapporte pas assez pour être intéressante. Réchauffement climatique, fonte des glaces, disparition de nombreuses espèces voilà ce qui nous attend, mais l’argent lui n’attend pas et comme on dit le temps c’est de l’argent.

Les armes et la guerre sont également une thématique qui se veut récurrente chez l’artiste, que ce soit en Colombie, à Madrid ou à Milan on retrouve des champs de bataille sur les murs. Toujours en noir et blanc on discerne des tanks et chars d’assaut, des obus et des AK. À Milan, Blu a représenté des scènes du quotidien à l’intérieur des tanks. Une manière de dénoncer les pays occidentaux, dits pacifiques, qui vendent des armes au reste de la planète? De révéler le désintérêt du plus grand nombre pour les massacres qui ont lieu chaque jour? Autant de questions que de dessins…

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Danemark

 

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Milan

En Colombie, l’artiste a peint un fusil à pompe, cette fois en couleur, avec une ceinture de douilles qui pendants, et qui ne sont autres que des cercueils, puis plus loin des humains; hommes, femmes et enfants, à la queue leu-leu attendant bien sagement leur tour. Une fois encore, la fresque fait impression, on s’interroge: qu’est-ce que l’italien a voulu dénoncer? Le commerce de la guerre qui s’en prend aux plus faibles, la prégnance des gangs en Amérique du Sud et leur violence, ou une critique exacerbée du gouvernement en vigueur en Colombie prônant une devise de Liberté et d’ordre, « Libertad y orden » que l’on peut lire sur la face du fusil.

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Encore en Colombie, il dessine un amas de têtes de morts poussé, écrasé, réduit en poudre, c’est le cas de la dire, par une visa. On aperçoit cinq trainées de poudre, cinq rails de coke. On peut alors y voir une dénonciation du commerce de la drogue, notamment de la cocaïne en Colombie, premier pays producteur de cocaïne au monde, (je parle des feuilles de coca) qui dévaste les populations, les rend dépendantes et tuent chaque années des centaines et des centaines de personnes.

Blu est un artiste pour le moins engagé qui a su diversifier ses oeuvres et travailler avec d’autres graffeurs comme JR à Berlin, par exemple. Il a aussi réalisé des vidéos comme celles de l’évolution des hommes avec la mention « There is no need to fight, to change the world », littéralement il n’y a pas besoin de se battre pour changer le monde, ou le court-métrage MUTO. L’italien a su peindre, dessiner, graffeur, des oeuvres qui dénoncent la barbarie humaine, la stupidité et la cupidité des Hommes, avec un grand « h » qui écrivent l’histoire avec une grande hache, pour citer Perec.

 

 

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  • deltreylicious
    25 février 2015 at 10:54

    Super sympa !
    Deltreylicious

  • Les Décalées
    25 février 2015 at 11:18

    Merci beaucoup beaucoup beaucoup !! Je cherchais le nom de cet artiste depuis un bon moment et impossible de le retrouver ! J’adore son travail, alors encore merci encore une fois de m’avoir rappelé BLU qui traînait depuis trop longtemps sur le bout de ma langue 🙂