3 In Trip

Art project #1

Après deux semaines d’absence, je suis de retour avec un projet artistique. Je laisse de côté la musique un certain temps pour me consacrer à l’art, mais pas n’importe lequel: le street art. C’est une forme comme un autre de peinture, plus triviale peut-être, moins classique, plus « jeune », mais c’est avant tout un moyen de s’exprimer car comme l’a dit Edward Hopper: « Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre. »
La raison principale qui fait que j’aime beaucoup le street art est d’abord l’universalité de son support, en réalité ces artistes peignent, collent, graffent, écrivent n’importe où. Des portes de toilettes aux façades de nos immeubles, en passant par les tunnels, les street artistes n’ont aucune limite. D’un point de vue historique, ils n’ont en effet rien inventé car les magdaléniens déjà en 18 000 avant J-C peignaient sur leurs murs de grotte. Les murs seraient-ils alors les fils conducteur des civilisations?

Depuis la nuit des temps les Hommes ont ce besoin quasi primitif de marquer leur environnement de leur présence, de laisser une trace indélébile de leur court passage sur la terre. Des dessins dans la grotte de Lascaux aux graffitis new yorkais de Basquiat, dit SAMO, en passant par Banksy qui lui a dessiné un peu partout dans le monde. J’ai choisi de m’intéresser au street art, l’art qui nous est contemporain, celui qui est sur les murs de nos ville, sur les portes des toilettes des clubs, dans les vestiaires de nos écoles… Les murs restent le support privilégié de l’art.

mur-de-berlin-solidarite_pics_809Le mur le plus connu du monde, n’est-il pas celui de Berlin?

Tristement célèbre pour avoir scindé en deux la capitale allemande de 1947 à 1989, il est aujourd’hui la toile de nombreux artistes

L’East Side Gallery est l’exemple même de la peinture murale urbaine, sur plus d’un kilomètre en plein air au centre de Berlin des artistes du monde ont laissé leur empreinte indélébile sur ces murs. Le premier graff a été réalisé par une femme, Christine Mac Lean en 1989, quelques jours après la chute du mur. Elle n’est pas seulement à l’origine du premier graffiti réalisé sur l’East Side Gallery mais elle est aussi la créatrice et organisatrice du premier groupe d’artistes de street art qui a peint sur ces murs chargés d’Histoire.
Le comité d’artistes a relevé un véritable défi: unir les populations autour du symbole majeur de la désunification mondiale pendant plus de quarante ans. Des artistes ont témoigné en 1989 qu’ils pensaient que l’East Side Gallery ne s’inscrirait pas dans le temps, et qu’elle serait volatile, à l’image du street art, et pourtant depuis plus de 20 ans, elle est la plus grande galerie à ciel ouvert du monde.
On retrouve aujourd’hui des réalisations prônant la paix, l’écologie, le respect et l’amour, mais aussi des dessins controversés et même choquants comme Fatherland, de Gunter Schaefer.

esg1En effet, cette représentation du drapeau allemand avec la superposition de l’étoile de David, en a choqué plus d’un. Et pour cause, le génocide juif et le troisième Reich ne sont pas des choses que l’on oublie facilement. Cette oeuvre ne compte plus le nombre de vandales qui ont tenté de la dénaturer, de l’abimer et de la salir à coup de svastikas. Cependant, l’avantage ou l’inconvénient de peindre dans la rue c’est que l’on peut sans cesse modifier son travail, Schafer a donc inlassablement peint, et repeint son drapeau tricolore surmonté de la croix juive en réponse aux montées de fascisme de son pays.

Un autre artiste qui a osé l’impensable est le russe Dimitri Vrubel, avec son oeuvre « Mon Dieu, aide moi à survivre à cet amour mortel » également connue sous le nom de Bruderkuss. Cela ne vous dit peut-être rien mais cette peinture a choqué lorsque les Berlinois l’ont vu pour la première fois, (et aussi les fois suivantes, d’ailleurs). Et pour cause, on y voit deux hommes et pas n’importe lesquels, à savoir Léonid Brejnev, le dirigeant de l’URSS à deux reprises de 1960 à 1964 et de 1977 à 1982, avec le dirigeant de la RDA, Erich Honecker, troisième président de la RDA de 1976 à 1989. L’oeuvre est largement inspirée d’une photographie de Régis Bossu datant de 1979, où les deux dirigeants sus nommés s’embrassent fraternellement.

carxsew1otbficofoqb2Vrubel réalise cette peinture en 1990, au cours des décennies, elle se voit vandalisée, abimée par le temps puis finalement détruite en 2009 et restaurée dans la même année par l’artiste lui-même.

Baiser.JPGLa troisième oeuvre que je vais aborder, est sûrement au moins aussi connue que les deux précédents, si ce n’est plus. Je parle de la peinture de Birgit Kinder Test the rets aussi connue sous le nom de Le Trabant, en référence à la voiture de l’oeuvre. Effectivement, Birgit Kinder âgée alors d’à peine une vingtaine d’années, au lendemain de la chute du mur de la honte, est allée peindre l’emblème de toute une génération opprimée: le Trabant de la RDA. Cette voiture qui ne vous évoque peut-être rien est pour les allemands de l’Ouest l’équivalent de notre 2 chevaux française, chargée de souvenirs, d’émotions et bien sûr d’Histoire. D’une part car une artiste a choisi de l’immortaliser sur le mur le plus tristement célèbre du monde, mais aussi car de 1954 à 1989 elle fut la voiture la plus vendue en RDA, la voiture avec laquelle on partait en vacances, on campait, on s’échappait vers la Hongrie ou bien celle avec laquelle on a enfin atteint l’Est en 1989.
Test the rest, inspiré d’une pub au slogan similaire « Test the west » pour la marque allemande de cigarette West, symbolise la traversée du mur de Berlin par le Trabant. Le mur autour de la voiture est brisé, fissuré, tout comme le système communiste à l’époque, derrière le mur on distingue un fond bleu marine voire noir qui représente la RDA. On observe un contraste avec le bleu clair qui occupe quasiment tout l’espace de l’oeuvre, symbole de la RFA. On note également un jeu de mot sur le titre, les bilingues et anglophones l’auront compris, « the rest », ici, signifie à la fois la paix, le repos, et également le reste, c’est alors une invitation à la paix et à la fraternité. Un moyen efficace de lutter contre les mouvements extrémistes dans un climat mondial plutôt frais en 1989.

mb1

De ces trois peintures, celle qui me pose le plus d’interrogations est la seconde, celle de Vrubel. À vrai dire je suis partagée, je n’arrive pas à savoir si j’aime beaucoup cette peinture car elle est audacieuse, ironique et très ambitieuse ou si au contraire je ne l’aime pas du tout car cette audace était un peu facile: Vrubel a simplement fait une citation de Régis Bossu, qui a connu un succès mondial incontesté et incontestable en 1972 avec cette photographie du baiser entre les dirigeants de la RDA et de l’URSS. Je ne vais pas vous faire étalage de mes doutes et incertitudes à l’égard de cette oeuvre, mais en effet il faut restituer le contexte historique de l’oeuvre, période de guerre fraîche dans la Guerre Froide qui ne s’achèvera qu’en 1991, des tensions mondiales entre le communisme et le libéralisme se font ressentir, le système communiste s’effondre peu plus chaque jour, cependant les populations soviétiques restent sous pression politique de la part du gouvernement en vigueur. Et finalement pour peindre sur l’East Side Gallery deux hommes, pas n’importe lesquels en plus, qui se roulent une pelle, il fallait en avoir le courage. Mais en même temps, des gens qui ont des idées bluffantes on ne peut pas dire qu’il y en ait des tonnes, et je ne sais pas si reprendre la photographie d’un autre c’était avoir une idée originale. De manière générale l’esthétique de l’oeuvre me plait beaucoup, au croisement de l’art publicitaire, le pop art et du graffiti Vrubel a su impressionner un bon nombre de gens.

Et vous, qu’est-ce que vous en pensez?

La semaine prochaine, je vous parlerai d’autres artistes qui ont vu en Berlin un certain potentiel artistique…

You Might Also Like

  • domimf
    11 février 2015 at 08:48

    Il est certain que cette forme d’art, ne laisse pas indifférent.
    A chaque détour de rue on peut le contempler avec plus ou moins de d’appréciation.
    Parmi le nombre impressionnant de « peintres tagueurs », ces quelques exemples que tu nous cites
    font figures de solitude.
    Aussi, il, serait peut-être bon de préciser que malgré le coté artistique, le coté dégradation de l’espace publique et privé n’est pas négligeable.
    Des espaces devraient être mis en place pour cela.

    Les « trompes l’œil » (http://www.syti.net/TrompeOeil1.html) en sont également une autre forme.

    Il n’est pas nécessaire qu’ils aient une connotation politique, ils peuvent être décoratifs comme ici à Montpellier
    (http://the-design-ark.com/2014/05/mist-mural-montpellier-france/
    et
    http://galimatias.canalblog.com/archives/2013/06/15/27361910.html)
    ou
    illusions …
    (http://archeologue.over-blog.com/article-6969508.html).

    Bel article intéressant.

  • Maguelonne
    11 février 2015 at 15:12

    Vivement la semaine prochaine 🙂

  • BeSingleMom
    16 février 2015 at 01:30

    Moi je trouve ça génial mais je trouve qu’il n’y en a pas assez.