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Une autre réalité photographique

Je suis allée voir une exposition au Pavillon Populaire de Montpellier avec une amie. Aaron Siskind. La première rétrospective mondiale de l’artiste.
Nous avons eu la chance d’assister à une visite guidée. La découverte à pour moi, était totale; je n’avais jamais entendu parler de ce photographe, et ne connaissais aucune de ses photos.

Tout d’abord, Aaron Siskind est un photographe américain né à New York en 1903 et mort à Rhode Island en 1991, il n’a pas suivi des études artistiques, et a découvert la photographie sur le tard; il reçoit un appareil en cadeau de mariage et commence à prendre des clichés durant sa lune de miel. Ses premières photos sont celles dédiées au Harlem Document, à New York.
Il fait parti de la New York Photo League qui a été active des années 1936 à 1951, dans le prolongement d’un projet allemand Workers International Relief, qui était une association communiste de photographes. La Photo League visait à dénoncer les conditions de vie des plus pauvres mais aussi à démocratiser l’art, notamment soviétique, dans les milieux les plus populaires. Ses membres sont pour la plupart des artistes engagés politiquement.
Ses premiers clichés sont tous pris à Harlem, des gosses qu’il a croisé dans la rue, aux petites boutiques de Harlem, en passant par les cabarets, les églises, encore plus intime; chez les gens. Il éditera alors plus de 200 photos pour le Harlem Project, qui seront exposées mais jamais publiées jusqu’en 1940 lorsque le magazine Look lui achète ses clichés. Ils ne publieront alors que 13 photos, sans aucun droits d’auteur, comme il était conforme de faire à l’époque, et ils changeront le titre du projet. Le travail de Siskind est alors dénaturé. 40 ans vont passer jusqu’à ce qu’un autre magazine publie à nouveau les photographies de l’artiste.

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Après de longues années de photographie concrète, il dévie peu à peu vers l’abstrait. Longtemps le travail de Siskind a été considéré comme scindé en deux; l’avant et l’après abstraction. Bien au contraire, son travail n’a pas subit de rupture mais une progression logique; les rues de Harlem, les monuments de Chicago, puis l’abstrait. La clé c’est les lignes, les ombres et la conceptualisation de la réalité. On ne peut parler de réalité photographiée mais de réalité de point de vue, la subjectivité prime chez Siskind comme vous avez pu le comprendre. La forme prédomine sur le fond. Longtemps considéré comme un photographe et non pas un artiste Suskind fréquente pourtant les plus grands; Pollock ou bien Kline. Il écrit alors un texte revendiquant qu’il est un artiste à part entière.

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Son art n’est cependant pas reconnu, mais il continu de prendre des clichés, il deviendra même professeur de photographie à l’Institute of Art de Chicago. Après Chicago, il se met à voyager un peu partout, et s’intéresse aux murs. Oui, les murs comme fil conducteur des Hommes; de tous temps on a ressenti le besoin de marquer le monde de notre présence. Comme les hommes préhistoriques l’ont fait à Lascaux, des Banksi ou des Basquiat aka SAMO, l’ont fait sur les murs des métropoles. Siskind, lui, a voulu immortaliser cela, il nous présente alors des clichés des murs de Paris, Venise, New York, ou bien d’Amérique du Sud.

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Ce qui est remarquable c’est qu’importe la localisation des Hommes ils ont ce besoin d’écrire, de dessiner, de prouver leur existence, de revendiquer leurs appartenances. Impossible de discerner un mur parisien d’un mur argentin, un tag est un tag, un moyen de s’exprimer qui nous prouve l’unité des êtres. Alors, ici ou ailleurs les murs et les idées sont les mêmes.
Ayant un faible pour le street art, j’ai beaucoup aimé la dernière partie de la visite, cependant les clichés en noir et blanc de l’artiste et sa tendance communiste ne peuvent que me faire penser à Cartier-Bresson… mais en moins bien.

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Pour tous les aficionados de photographie, ou de culture en général, je vous conseille cette visite qui n’est pas longue, et très enrichissante, d’un point de vue à la fois culturel et artistique mais aussi historique.

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  • Marie
    31 décembre 2014 at 10:29

    Ton article est très intéressant ! Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir cette exposition mais je compte bien y aller, surtout après ton article qui donne beaucoup envie ! 🙂
    Marie