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Journal d’une TDAH #7: TDAH, la maladie à la mode ?

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Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un truc qui m’agace. Bon ça m’agace et en même temps ça m’amuse. C’est d’ailleurs là que je vois le chemin parcouru, la distance que je suis capable de prendre. Il y a encore quelques années, je n’aurais pas pu dire ça #minuteautosatisfaction. Je vais en venir au fait, mais avant cela, j’attire votre attention sur les réactions que l’on peut avoir, quand quelque chose nous dérange ou nous pousse à voir les choses autrement. Prendre conscience que parfois, il serait plus simple de reconnaître, qu’on se sent perdu ou démuni face à ce qu’on n’explique pas. Vous allez comprendre, car voici  la question qui me revient depuis quelques mois et qui m’agace:

« Dis Mag, ton diagnostic TDAH, ce serait pas devenu une excuse par hasard ? » Le ton est condescendant, sourire en coin, œil qui brille, la totale quoi !

La première fois où j’ai entendu cette question, je commençais à parler du TDAH et je venais d’être diagnostiquée. Depuis cette question revient de temps en temps.

Elle a ses variantes :

« Ah! toi aussi! » Comme si nous étions légion! « Tu as la maladie à la mode ? »

TDA…  quoi ? Ah ! oui c’est comme HPI ! (Haut Potentiel Intellectuel), des nouvelles maladies inventées pour justifier un je-ne-sais-quoi…. des conneries tout ça »

J’ai choisi plusieurs fois de ne pas m’arrêter dessus. Jusqu’à ce soir où elle m’a vraiment interpellée.

Depuis que je sais, que je suis TDAH (trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité), j’en parle sur le blog et dans ma vie de tous les jours. C’est un sujet qui m’intéresse car il me concerne et que  je suis thérapeute.

Je voudrais clarifier une ou deux choses:
Le TDAH n’est pas une nouveauté. Cela fait trente ans que des scientifiques, des médecins bossent dessus, notamment au Canada et aux USA où ce trouble est reconnue et pris en charge. C’est une pathologie pas vraiment glamour pour ceux qui la vive au quotidien. Je connais des familles qui se passeraient bien d’avoir un petit TDAH. D’ailleurs, les prises en charge scolaire parlent d’un handicap.

J’ai rencontré des personnes en détresse, car elles souffrent de leurs différences et de l’incompréhension dont fait preuve leur entourage.
D’autres encore ont fait le deuil de leur vie de couple car ils ont fatigué leur conjoint . Tu imagines bien que si c’est difficile d’élever un enfant TDAH, c’est parfois compliqué de vivre aux cotés d’une personne TDAH.
Évidemment, pour toucher du doigt ce dont je parle, il faut faire preuve d’un minimum d’écoute et d’ouverture d’esprit. Peut-Être même, faut-il se sentir concerné.

Je me suis demandée en quoi le fait d’être TDAH pouvait être une excuse. Je n’ai pas trouvé de réponse, car ça n’en est pas une, c’est un fait. C’est un fait qui pourrait se traduire avec de petites phrases au quotidien. Elles ont fait mon enfance et ma scolarité, voici une liste non-exhaustive:

« Oui, mais c’est toi, t’est comme ça… Tu es lente ma fille…Tu comprends rien… Tu es bornée… Tu es trop sensible… Tu es dans la lune…Tu n’es pas sociable… Tu es en retard… Tu perds tout le temps tes affaires… Tu oublies tout… Je me demande à quoi tu penses…Tu es trop cérébrale…Tu es incapable de te concentrer… Tu es excessive… Tu es impulsive… Tu vas trop vite…Tu es tout le temps en colère… Tu fais tout le temps plein de choses, ça te fatigue pas… Toi, c’est pas pareil… Tu es hyperactive, je te jure…T’as pensé à consulter… »

En écrivant toutes ses petites phrases, je me rends compte que, oui je suis tout ça, même si ce n’était pas facile à entendre et à reconnaître. Aujourd’hui, j’ai pallié à ce qui me gênait . J’ai posé une conscience sur ce que cela représente et être diagnostiquée, m’a aidé à le faire tout simplement.

Pour tout dire, on ne change pas, on s’améliore. J’ai travaillé à améliorer mon potentiel.

Au final, j’ai transformé :

  • « Oui, mais c’est toi, t’es comme ça ! »
    Être originale ne me gêne pas, l’assumer c’est être moi, bien plus que d’essayer de me conformer aux attentes des autres.
  • « Tu es lente ma fille ! »
    Je dirais que je prends mon temps, je suis réfléchie.
  • « Tu comprends rien! »
    En fait si, parfois je comprends mieux que les autres, d’autres fois il me faut plus de temps.  Je sais aujourd’hui que j’apprends mieux en expérimentant .
  • « Tu es bornée ! »
    Je dirais que je suis tenace, très tenace. Ce qui est plutôt une qualité.
  • « Tu es trop sensible ! »
    J’ai réfléchi, celui-là je le garde. Être sensible, c’est voir avec le cœur (c’est beau mais c’est pas de moi). J’ai décidé de l’assumer. Tant pis ou tant mieux, si parfois ça fait marrer mes potes.
  • « Tu es dans la lune ! »
    Je l’ai tellement lu sur mon bulletin scolaire celui-là! Oui, je suis rêveuse et ça me fait un bien fou. C’est ma part de créativité, je la garde aussi.
  • « Tu n’es pas sociable ! »
    J’ai surtout été longtemps très timide. Après 7 ans de « blogue », ça va beaucoup mieux.  J’ai appris à aimer sortir de ma coquille. Autre détail, qui a son importance, je ne m’ennuie pas seule au contraire, j’ai besoin de moments de solitude.
  • « Tu es en retard ! »
    J’avoue, je finis par croire que c’est mon karma. Je travaille sur ce point depuis des années. Le retard c’est pire que la clope. Sans rire! Oui, le rapport au temps m’est compliqué, je le sous-estime complètement. Sachez que je bosse dur pour corriger ce défaut, je dis ça surtout pour ma famille.
  • « Tu perds tout ! »
    Tout est un bien grand mot. Mes enfants ont respectivement 8 ans et demi et 6 ans et je ne les ai pas égarés une seule fois. De façon plus pragmatique, j’ai réussi à arrêter de perdre mes affaires, au prix de certains efforts. J’ai mis en place des outils comme par exemple: avoir un endroit stratégique, où poser mes clés. Ce qui n’est pas sans conséquences pour mon entourage. J’ai besoin que tout soit à sa place, que tout soit rangé. C’est déjà le bazar dans ma tête, si ça l’est aussi dans mon environnement c’est fichu. L’effet pervers c’est qu’à une époque, j’ai failli développer des TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs)
  • « Tu oublies tout ! »
    C’est pareil, c’est un peu excessif. Pour pallier mon manque de mémoire, j’ai pris l’habitude de tout noter sur un agenda papier et sur celui de mon téléphone. C’est un peu fastidieux mais c’est le prix à payer pour éviter de poser des lapins aux gens, ou de me retrouver avec deux rendez-vous, le même jour, à la même heure.  J’ai aussi des alarmes.
  • « Tu es trop cérébrale ! »
    J’ai envie de dire, on a tous des défauts. Entre nous, ce besoin d’analyses me permet de prendre un sacré recul sur ce qui m’arrive.
  • « Tu es incapable de te concentrer ! »
    Si, mais différemment et sur de courtes périodes. Pour les plus longues, j’ai appris à optimiser ma capacité attentionnelle.
  • « Tu es excessive ! »
    Parfois oui, souvent c’est drôle, car c’est à mes dépends. Je pratique beaucoup l’auto-dérision.
  • « Tu es impulsive ! »
    J’ai appris à contrôler mes émotions, c’est pas pour autant que je n’ai pas des flots qui parfois me submergent. Là aussi, j’ai compris comment ressentir les choses pour mieux les gérer. Il n’empêche que ça peut déborder.
  • « Tu es en colère ! »
    Effectivement, j’ai été très longtemps en colère. Je vais pas vous mentir, c’est une émotion puissante, qui peut être tenace et compliqué pour l’entourage. C’est aussi une énorme source d’énergie. Elle s’apaise avec le temps. Elle s’apprivoise aussi. Elle devient une alarme. Aujourd’hui, si je la sens en moi je me demande à quoi elle fait écho. C’est un miroir de soi.
  • « Tu vas trop vite ! »
    Un paradoxe pour quelqu’un de lent, non?
    Ceci dit, j’avoue, j’essaie de temporiser.
  • « Tu fais tout le temps plein de choses ! »
    Oui et ça me nourrit. Je choisis ce que je décide de faire ou non et le faire me plaît. J’aime avoir plusieurs projets, les mettre en place ou pas d’ailleurs. Je suis très curieuse, j’ai plein d’idées et j’aime ça.
  • « Toi c’est pas pareil ! »
    C’est bizarre cette phrase. Soit c’est sur mon ratio poids/taille. Soit sur le fait que je cumule volontairement plusieurs activités. Soit, c’est parce que je dis tout haut, ce que d’autres pensent tout bas: j’ose donc. Dans tous les cas c’est pas agréable à entendre.
  • « Tu es hyperactive, tu tiens pas en place ! »
    J’ai besoin de faire plein de choses. Je suis très curieuse. C’est la raison pour laquelle je « blogue ». J’ai besoin de bouger tout le temps et d’apprendre.
  • « Tu as pensé à consulter ? »
    Ben oui. D’ailleurs les parents d’enfants TDAH s’accordent à dire que bien souvent les autres (maîtresses, profs, famille..) qui ont formulé avant eux la différence de leur enfant. Cependant, maintenant que j’ai consulté, que j’ai accepté d’être « scoré » (je n’aime pas ce mot), eh bien, on me dit que j’en fais trop et que je la ramène trop avec mon explication. Vous avouerez que quand même.

Alors voilà, j’avais juste envie de vous dire qu’être TDAH c’est « tout ça » pour moi. Le diagnostic résonne comme autant d’explications sur mes ressentis, mes incompréhensions, mon histoire. C’est une différence de fonctionnement, une grille de lecture amplifiée, une explication salvatrice de ce « tout ça » et la possibilité de s’améliorer.

Une chose qui serait bien, c’est que vous acceptiez cet état de fait sans jugement. Sans petites phrases assassinent, qui rappellent à l’autre sa différence.

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10 Comments

  • Reply
    Toto
    9 novembre 2018 at 13:08

    Tu peux ajouter : « Non mais ça, ça arrive à tout le monde  » (.. de perdre , d’oublier etc…)
    Sans préciser qu’entre oublier une fois par semaine un truc et plus d’une dizaine de fois dans la même journée, ce n’est pas tout à fait la même chose….

    Et le fameux « tu pourrais QUAND MêME faire UN PEU attention !  »

    Bah non, moi je peux pas.

    • Reply
      Maguelonne
      9 novembre 2018 at 14:56

      Merci, effectivement ceux-là je les ai oublié 🙂

    • Reply
      Patrick Dpre
      14 novembre 2018 at 05:25

      Quelques jours de jeuneet Hop !!! C’est terminé. Vous serrez Zen. Et bien repose dans la tête. Et c’est gratis de plus. Patrick. Papy de 73 ans .

      • Reply
        Maguelonne
        14 novembre 2018 at 08:45

        Effectivement, le jeune est une technique aidante, c’est un excellent moyen de faire le vide en soi, retrouver le calme et la sérénité. Cependant je ne pense pas qu’elle résolve un trouble de façon aussi miraculeuse.

  • Reply
    MamanOurs
    9 novembre 2018 at 23:00

    Merci. Je retrouve beaucoup mon fils de 12 ans (dysgraphique Tda) dans votre texte. Dur dur d’être compris et tellement juger au quotidien au collège. Je l’aide au mieux et je suis toujours prête à allez au charbon pour lui.

    • Reply
      Maguelonne
      10 novembre 2018 at 09:33

      Merci pour ce témoignage, c’est vrai que c’est dur mais si tu es là au quotidien, c’est une aide importante pour lui. Il faut l’aider d’une certaine façon à « cultiver sa différence ». Un des points positifs du TDAH, c’est qu’on apprend vite qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, c’est ainsi pour tout un chacun. Cependant, les personnes qui sont à nos cotés nous apprécient vraiment.

  • Reply
    LUCAS
    10 novembre 2018 at 15:14

    Merci pour ton article fort intéressant.

    • Reply
      Maguelonne
      10 novembre 2018 at 15:31

      Avec plaisir Lucas

  • Reply
    Delphine
    15 novembre 2018 at 09:37

    Merci pour cet article Maguelonne. Cela fait quelques semaines que je me questionne sur le TDAH et j’attendais justement ton article…je me retrouves dans pas mal de choses et je ne sais pas s’il serait bon de creuser… En tous cas super article! Bonne journée!

    • Reply
      Maguelonne
      15 novembre 2018 at 11:10

      Merci Delphine pour ce commentaire. Si je peux t’aider c’est avec plaisir. N’hésite pas à consulter la catégorie TDAH sur le blog pour avoir plus d’infos. A très bientôt.

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