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Journal d’une TDAH #8: Bienvenue dans mon cerveau.

Il était temps que je reprenne cette rubrique. Elle m’a manqué et je sais qu’à vous aussi. Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous faire partager mon quotidien. Pas celui que tout le monde peut voir, celui qui se passe à l’intérieur. Celui dont j’ai mis longtemps à comprendre qu’il était différent. Bienvenue dans mon cerveau.

Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité est un trouble. Dit de façon vulgaire, c’est un manque de maturité d’une toute petite partie du cerveau. Bref, ce n’est pas le truc qui te saute aux yeux comme un nez aquilin sur un petit visage. C’est discret, c’est un murmure, qui parfois te pousse à t’interroger. Comme une légère déviance, qui te ferait adopter un comportement différent. Mais rien de violent aux yeux des autres. La violence elle est en toi et souvent par peur et manque de connaissances, tu la contiens.
C’est en tout cas comme ça, que moi, j’ai grandi. Il y a quarante ans et deux poussières, il n’y avait dans les classes ni TDAH, ni HPI, ni même d’enfants atteint du Syndrome d’Asperger. Il y avait des enfants : rêveurs, absents, maladroits, avec un mauvais caractère, associable …. mais c’est un autre débat.

Le débat d’aujourd’hui m’est venu suite à un échange badin avec une amie. Nous discutions, quant à un moment je lui dis:
« Mais moi, je pense tout le temps à plusieurs choses à la fois, mon cerveau fonctionne comme ça! « 
– Nan?! m’a-t-elle répondu. Comment ça, tu penses à plusieurs choses à la fois ? « 

Et me voilà partie à lui expliquer, ce que peu de personnes savent.


Lors d’une conversation mon cerveau fait souvent des décrochages. En fait, je continue ma conversation et en même temps, il me vient de multiples pensées, qui attirent mon attention. Elles peuvent même donner lieu à de rapides réflexions. Tout en même temps.

Exemple :
Alors que je participe à une conversation, je me rappelle qu’il faut que j’achète du lait, que la personne que j’ai rencontré hier était vraiment adorable, que le choix de cette couleur sur ce mur, avec cette lumière est totalement judicieuse, qu’en arrivant, il faut que je retrouve le maillot de Léna qui a piscine demain, que je dois rappeler le docteur pour le certificat d’Adrien, que ce serait bien de booker ce week-end à Helsinki, que c’est bientôt les vacances scolaires et qu’il faut réserver le centre aéré, mais, que oui bien sûr, le plat en grès vu il y a trois jours chez Maison Emilienne, serait parfait pour ma belle-mère à Noël, que je dois envoyer un sms là maintenant, tout de suite, à mon mari pour qu’il aille au primeur…

Et d’un coup, parce qu’il y a trop de pensées, je fais répéter sa dernière phrase à mon interlocuteur, car je ne l’entends plus. Je m’en rends compte tout de suite. C’est comme si j’appuyais sur « pause » dans mon cerveau afin que, la conversation revienne en première ligne, dans ma tête. De fait, mon mental se calme. Entendons-nous bien, je n’ai raté que ce que je fais répéter. Par contre, je ne mémoriserais que ce qui est important à mon sens. Il m’arrive donc souvent de m’entendre dire : « mais je te l’ai dit ça », parfois j’ai zappé, parfois c’est l’autre qui croit me l’avoir dit et ça, c’est pour tout le monde pareil. Je le précise, car avant, je me culpabilisais beaucoup d’avoir « raté » des infos.

Quand j’ai fini mon explication . Elle m’a regardé en souriant, et a dit:
– Oh lalala ça doit être fatiguant non ?
– Peut-être, je ne sais pas, je fonctionne comme ça . En même temps penser à une chose à la fois, c’est ennuyant non ?
Nous avons éclaté de rire.

Conscience de la différence

C’est en repensant à cette conversation que j’ai eu envie d’écrire cet article. Ce que je décris là, est proche de ce qu’aujourd’hui, on appelle la charge mentale, c’est plus fort, plus constant et même si on ne nous demande rien, si on ne s’impose rien, c’est quand même là. C’est comme un bruit constant, sauf que ce sont des pensées. Certains TDAH n’arrivent pas à s’endormir, car elles ne s’arrêtent pas. D’autres, collectionnent des pensées noires, des idées fixes, répétitives ou négatives, nourries par des années, à s’entendre dire des choses pas sympa, par leur entourage, leurs proches. Je vous renvoie à ce post.

Personnellement, j’ai travaillé sur moi, je suis devenue thérapeute. Forcément ça aide. J’ai aussi expérimenté la méditation par le biais d’un stage MBSR, je vous raconterai. Parfois, je suis également sous traitement. Un billet arrive à ce sujet. J’ai pris beaucoup de distance, je sais reconnaitre, dans ce que l’autre me renvoie, ce qui est à moi et ce qui lui appartient . Cela s’apprend et permet de prendre de la distance, de voir le positif et d’éclater de rire. Cependant, enfant, adolescent et jusqu’à il y a peu finalement, je pensais que tout le monde était comme moi. Ce qui durant longtemps a créé des incompréhensions.
J’espère que ce partage vous aidera pour mieux comprendre, et à mieux appréhender le fonctionnement de personnes de votre entourage ou avec qui vous êtes amené à être en contact.

Crédit photo : Conjugo.fr

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